L'Analphabète

Publié le par Emöjk Martínssøn

Par la fenêtre, il regarde les trains qui passent, les visages maigres de ceux qu’ils transportent, rongés par la nuit. Derrière son dos, les cintres comme des araignées invisibles y vont de leurs cliquetis, toujours en mouvement, jamais stables.
Dans sa langue, il n’est pas rare que les phrases ne s’arrêtent jamais ; tels des wagons rythmés sur le chemin de fer, les virgules et les pauses se succèdent à perte de vue, on en trouverait des drôles de dessin si on les reliait entre elles. La langue de l’hôtel, et des immeubles dehors, il ne la comprend pas. Parfois, le téléphone sonne, mais ça n’est jamais la bonne langue qu’il sent pétiller à son oreille, les dents qui vibrent et la salive qui se perd dans ces microsillons.
Pour passer le temps, en attendant qu’elle lui fasse signe, il empile tous ces cintres, les enchevêtre, se perd dans des kilomètres de labyrinthe en fil de fer. Peut-être que s’il accrochait une boîte de conserve à un bout, elle lui répondrait à l’autre extrémité… S’il déroulait ses intestins, il y en aurait assez pour faire le mur, alors pourquoi pas des cintres qui traversent l’océan ?
À la réception il y a des lettres qui l’attendent, mais il ne sait pas lire, dans toutes les langues. Il ne peut qu’espérer la voir descendre d’un train.

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