Le Linge A Montréal

Publié le par Emöjk

La chaleur commence et mon pays me manque. Impossible de construire un igloo par ce temps. Alors que j'étais coincé entre deux saucisses géantes dans le bus, je me suis rappelé mon hiver à Montréal, il y a un an.
Ce fut, paraît-il, un hiver doux. Et c'est vrai que je ne sortais qu'en pull et veste, une paille pour le québecois normalement constitué... Moins neuf ° de vents me chatouillaient les oreilles, et Arcade Fire les réchauffait au sortir du cinéma. Les nuits étaient magiques.
Il y eut de la neige au-dessus de ma tête en décembre. J'en ai avalé beaucoup, et un peu me reste encore dans la gorge quand je repense à certains moments moins agréables. Je ne dormais pas dans le bon lit.
Les jours se sont plus ou moins effacés de ma mémoire, mais les soirées, lorsque le soleil allait s'éteindre dans la schlasse, me reviennent par vagues. Et bien que sur le moment je n'ai jamais eu aussi peur, ni n'ai autant pleuré de joie en prenant un bain chaud, ma nuit blanche dans la cage d'escalier m'est à présent un bon souvenir. Marcher dans le froid à cinq heures, dormir dans le métro... Jamais je ne l'aurais autant remercié d'être si lent.
Et je me souviens de la laverie de Montréal. Comme au pays, je partais et revenais avec mes sacs de vêtements dans les bras ; quelques enfants battaient le pavé en attendant que les feuilles mortes ne remontent, je ne comprenais jamais s'ils me saluaient ou me narguaient.
A l'automne ou en hiver, la laverie était toujours ouverte, avec son petit microcosme qu'il est inutile de tenter de recréer. C'était une bulle de chaud, au milieu de rien, ces gens qui ne savaient même pas qui j'étais, et c'était bien. Les incertitudes du début - mais il faut mettre combien de pièces ? Un ou deux tours de séchoir ? Et la poudre, vaut-il mieux l'acheter ici ou en magasin ? - firent place à la maestria, et finalement je ne me suis jamais aussi bien mélangé aux gens de là-bas qu'ici.
Au contraire des courses. Mais c'est autre chose.
Et ça me faisait du bien de parler québecois au lieu d'anglais. Il y avait sous les étoiles montréalaises ces nuances qui me faisaient toujours sentir étranger ; et pourtant mon coeur se déchira en deux lorsqu'il fallut rentrer. Au départ j'avais déjà regretté le décollage, tremblant et en larmes, et au retour j'ai regardé le sol jusqu'à ce qu'il s'efface dans les nuages-icebergs.
Une prairie de lys les a remplacés, et je fus rempli de joie à l'idée de rentrer.

Publié dans Chansons d'Hiver

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