Les Mots

Publié le par Emöjk

Les mots, enfilés à la suite les uns des autres, deviennent un long parcours de ressemblances, de significations et de logique parfois difficile à démêler. Celui qui les pose n'a le plus souvent bien sûr aucun mal à faire le parcours en arrière, ramasser le dernier mot et retrouver sans crainte le premier en dénudant le fil.
Les mots se nourissent les uns des autres. Ceux que l'on lit dans un livre rejailliront forcément, inattendus, peut-être inaperçus, lorsque nos doigts se seront mis à valdinguer tout seuls. Parfois c'est juste un petit chemin, une phrase, et parfois toute une clairière qui apparaît déplacée de forêt en forêt : un alignement bien particulier d'arbres n'ayant plein sens que laissé tel quel.
Voyez-vous où je veux en venir, avec mes détours forestiers ? Laissons les masquemots un instant et discutons, juste nous deux. Enfiler des mots, créer des histoires est un jeu. C'est impossible que ce soit autre chose. Et je m'amuse avec moi-même lorsque j'écris, je m'imagine sur un trône de best-sellers, semant des énigmes, des indices, de petits amusements à mes lecteurs au détour d'une phrase, d'une syllabe parfois. Sans la prétention d'un Joyce, le talent d'un Réjean, loin s'en faut, même si parfois ce sont leurs chemins que j'emprunte. Je comprends à présent le reproche qui peut être fait à certains, de nous livrer des puzzles incompréhensibles, des cadres sans images. J'espère ardamment que ce n'est pas mon cas. Ecrire est un jeu mais aussi un labeur, parfois pénible, parfois facile, dont l'accomplissement est toujours source de bonnes choses.
Ce qu'il me manque maintenant, c'est de quoi peupler ma forêt. Des oiseaux dans les branches, des poissons dans les ruisseaux, des chats pour se promener à l'ombre. Des lecteurs pour me jeter en biais des appréciations, refaire à leur guise le parcours, s'arrêtant là pour ramasser un joli caillou, courant ici pour éviter une ondée désagréable (mais que j'essaye passagère). On écrit pour soi-même d'abord mais soi-même est un mauvais juge, et encore moins un bon ami.
Bref, j'aimerais échanger des mots sur mes mots. D'où ces bouteilles.
En attendant que la banquise dégèle...

Publié dans Chansons d'Hiver

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Cqoicebordel 30/11/2006 16:40

Comme si elle était gelé, cette banquise...