La Quatrième Bouteille

Publié le par Emöjk Martínssøn

Parfois il se trempe en homminuscules et plonge dans la peau de serpent, sans épée, avec les dents. Malgré le sang-froid de la bête, il sent pulser mille fenêtres à travers les écailles ; le livre jeté sur le lit résonne aussi de tous ces cris sans tête. D’une langue aspiquante il s’est vu effacé, alors autant se redécouvrir en myriades, glisser dans ces trous d’eau silencieux et s’abîmer les yeux vingt-quatre heures par jour.
Sans son museau de Chat, sans doute qu’il serait devenu aveugle depuis longtemps. Mais lui aurait-il manqué, ce monde qui élastique les pupilles, bat bien trop vite, plus qu’un serpent ? Il y a des pianistes sans oreilles, alors pourquoi pas, des peintres sans yeux…
Parce que c’est ça, cette mer d’images qui lui happe les chevilles dès qu’il quitte le lit de sauvetage : une immense peinture, qui cligne, qui vibre et qui doit bien raconter quelque chose, même s’il faudrait y aller à mains jointes pour le découvrir. Lui, il ne sait pas. Dans sa gourmandise, il accumule les images, il étire son serpent de chambre sans se soucier du « clac ! » final, et il joue au Chat, à pleurer sous les gouttières.
Mais il n’est pas tout à fait seul. Avec le livre, son compagnon aux doigts palmés avait écrit : « voilà le livre où tu n’existes pas. » Une sacrée énigme, du goût d’un Chat. La peau du livre blanche comme le lait, griffée comme les étoiles, et dedans, des mots jetés à n’en plus comprendre. C’est le genre de personne qui aime bien murer l’entrée du labyrinthe après y être entré, et rajouter quelques croches pieds pour que ça ne soit pas trop facile. Il mange des mots comme on mangerait des images : en claquant des yeux et clignant la langue.

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