L'Homme De Papier

Publié le par Emöjk Martínssøn

L’homme en papier n’a pas besoin de valises pour voyager. Il se plie les jambes, s’arrache du générateur électrique où il était collé, et comme il n’y a pas de vent, il roule à terre dans un froissement gêné. Enfin, il peut aussi bien être emporté par la roue d’une voiture, goûter au choc de l’odeur mélangée de terre et de caoutchouc brûlé, et enfin s’endormir au milieu d’une flaque d’eau. Ce n’est pas le moyen de transport qu’il préfère, mais ça convient. Avec de la chance, on en quitte la forêt.
Ce qu’il préfère, c’est une large gifle de bourrasque qui prend des bouts de plâtre avec son dos et l’assène de force au prochain mur qui passe. C’est lent et douloureux, mais, comme lorsqu’on se fait arracher une dent, quand ça s’arrête le plaisir est imminente. Et puis l’homme de papier préfère le goût du plâtre à celui de la terre, et voir l’horizon à la bonne hauteur. Il peut se convaincre qu’il n’a pas besoin de murs pour se déplacer et tenir débout. À chaque voyage, il perd des petits bouts de lui, des fragments de papier, dans le ciel, dans les flaques. Étrangement, il espère que le prochain sera le dernier.

Publié dans Entre Les Arbres

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