Le Phare De Terre

Publié le par Emöjk

Lors des longs trajets en voiture, bercé par le roulis des chemins goudronnés, on se sent souvent comme sur une barque à la dérive, flottant où bon lui semble. Les prés défilent et se transforment en un océan verdâtre sur lequel flottent des maisons blanches et rouges, des vaches et des moutons impassibles qui ignorent les appels des sirènes.
Le ciel se jette dans la mer verte, les nuages aspirés par la grande bouche de l’horizon, qui en postillonne des mirages sur la route. Les voix dans la radio se mangent la tête, leurs mots s’intercroisent et n’ont plus qu’un sens mou, on n’écoute plus. Le ciel tombe, la lumière s’enfuit pour ne pas se faire écraser ; dans cette petite barque métallique qui file plus vite que les vagues, de toutes petites étoiles s’insèrent entre les portières.
Et là-bas, dans le lointain, se découpe un phare de terre : il crache une fumée irradiante de lumière pour les marins égarés, il se dresse là, pour toujours, depuis longtemps. Les voitures se jettent sur lui, comme des lucioles paniquées suivant leur grand frère.
Il se dresse là, héroïque, et j’ai envie de grimper au sommet et de manger toute sa fumée.

Publié dans Entre Les Arbres

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