L'Ambulance

Publié le par Emöjk

Sur le trottoir l'ambulance glisse et flaque. Les marins sur son toit s'époumonnent, se font sirènes, ou plutôt méduses à écarter les passants. Les voitures se jettent toutes dans la Seine au passage de l'ambulance.
Elle est blanche et rouge et bleue et d'autres couleurs mais ça va trop vite pour qu'on puisse tout bien voir. Elle est floue sur les photos, coupe les ponts en deux, les feux rouges en petits cubes.
Dans son ventre la jungle brûle, les tambours résonnent au fond du coeur d'un homme chauve, sans poils et sans nom. Des hommes en capuche s'affairent autour de lui, des miettes près d'un pigeon. Ca roucoule fort au fond de l'ambulance.
Elle craque et fonce et glisse et flaque, elle fait duciel un stroboscope, la ville s'affole : qu'est-ce qu'on fait ? On laisse passer ?
L'ambulance passe partout. C'est elle qui dessine les routes, c'est elle qui décide où la ville s'arrête. A l'autre bout l'hôpital bout, il fait des bonds sur place à voir sa bien-aimée contrer le vent pour venir à son encontre. Le vent mord les flancs de l'ambulance, il strie sa carcasse en châteaux de cartes, mais l'ambulance continue.
Elle explose dans une stridence de caoutchouc brûlé devant l'entrée, elle vomit toute sa jungle, ce feu liquide qui la contenait et maintenant elle est froide. Le ciel se calme, redevient monochrome, l'ambulance dort sous la lune en flocons.

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